D’origine franco-anglaise, elle est née en 1980 et vit à Katowice (Pologne), où elle travaille au sein de l'Institution Culturelle Ars Cameralis. Après des études de littérature comparée en France et au Canada, et un bref passage par l’événementiel sportif, elle s’installe en Pologne en 2004 et se consacre depuis à la coopération internationale.
Mai à Douchanbe, mai 2008
Perspectives poétiques, mars 2008
Ceci n'est pas le pavillon polonais, novembre 2007
Au carrefour de l'Europe, décembre 2007
Un mur semble encore « isoler » l’Europe centrale quand on parle de musique. Sauf pour la musique classique, le film et un certain folk stylisé, elle a du mal à s’exporter. Si internet peut y remédier, il est pourtant difficile de s’y retrouver au sein des réseaux en ligne et autres sites communautaires permettant aux musiciens et groupes de diffuser leurs créations. Comment sortir de la masse, pour les groupes aussi bien que pour les auditeurs-découvreurs ? Un nouveau site va peut-être aider à trier et remédier à cette situation en aidant des groupes et musiciens polonais à se faire connaître et à se produire à l’étranger.
Ce site, « Play. ShortCut To Polish Music » concerne la scène musicale polonaise. Créé en coopération avec l’Institut Adam Mickiewicz, institution culturelle gouvernementale chargée de populariser la culture polonaise dans le monde et de coopérer sur des projets culturels avec d’autres pays, il vise à promouvoir la musique polonaise. J’ai récemment reçu leur compilation, destinée aux programmateurs, journalistes et autres professionnels. Design sobre, quatre Cds couvrent chacun une « scène » : celle des artistes dominants ayant fait leurs preuves sur le marché polonais, la scène alternative, métal et expérimentale, ce qui permet d’avoir un joli panorama. Ces artistes qui s’expriment pour la plupart en polonais, ont été sélectionnés en coopération avec des journalistes musicaux. Le site débute, mais devrait évoluer. Les créateurs disent ne pas vouloir se focaliser sur les groupes, mais ouvrir une réflexion sur l’industrie musicale grâce à un jeu en ligne, puis présenter les labels, studios et producteurs polonais.
J’ai vu nombre de ces artistes sur scène, ou pu les ai écouter sur Radio Trojka, dont le rôle est indéniable en terme de découvreur de nouveaux talents. L’inventivité dont certains groupes font preuve est frappante. Qualifiés de « groupes alternatifs », ils sont pour moi simplement éclectiques. Un groupe comme Pogodno, très populaire en concert et adoré par les étudiants, mêle paroles sérieuses et humour sur scène, et collabore à différents projets radiophoniques, cinématographiques et littéraires. Les Happysad, considérés comme la « voix de leur génération » par les médias, se démarquent de tout message et s’autoproclament groupe de « rock régressif», pied de nez à toute étiquette. Autre groupe emblématique du courant rock polonais actuel, Lao Che offre une réinterprétation moderne de l’histoire. L’enregistrement de l’album a été réalise dans un ancien studio, avec de vieux micros, des samples de radio historiques, le tout interprété dans un rock énergique et très moderne. Je suis souvent frappée de la manière dont les polonais sont intrinsèquement liés à leur histoire, et me demande dans quel autre pays un jeune groupe prendrait en charge un tel projet...
Cette énergie est ancienne. Si des groupes comme Kult, Republika ou Dzem étaient très populaires dans les années 80, et à l’étranger parmi la «Polonia» (diaspora polonaise), la scène underground, avec Krysys, Maanam, ou Brygada Kryzys, faisait preuve d’une grande inventivité, malgré l’interdiction de diffusion publique. Ces groupes restent populaires. Certains se sont reformés et remplissent les salles. Le Festival de Jarocin, premier festival de musique rock créé sous l’ère soviétique, est emblématique de ce mouvement. Interrompu durant quelques années pour raisons financières, il a été réactivé avec succès cet été.
Héritier et représentant de cette tradition musicale, « Play ShortCut To Polish Music » se présente comme un site “classique” de promotion d’artistes, mais manquait cruellement au paysage musical polonais. Espérons qu’il parviendra à dépasser la barrière de la langue et à convaincre une audience européenne, voire internationale.
Gwenn Sharp, septembre 2008